La psychomotricité : Approche psychosomatique relationnelle


Une interview d’Anne Gatecel, psychologue clinicienne et psychomotricienne, auteure de “Psychosomatique relationnelle et psychomotricité” 

Le corps n’est pas seulement une machinerie complexe grâce à laquelle nous bougeons, respirons, pensons…
Il sait aussi se faire langage dans nos relations aux autres. Il exprime alors nos émotions, reflète nos pensées. Gestes, mimiques, postures, sont les expressions silencieuses de notre affectivité.
Lorsqu’il y a tensions, c’est toute la personne qui se retrouve entravée dans son corps comme dans son âme. Le travail du psychomotricien consiste alors à permettre au patient de (re) trouver un équilibre psychocorporel.
“Cette dialectique entre le corps et la psyché m’a toujours passionnée”. Anne Gatecel témoigne d’un parcours atypique, qui éclaire d’un jour neuf une discipline encore mal connue.

Pour beaucoup d’entre nous, la psychomotricité s’adresse avant tout aux enfants en retard dans leur développement, ou souffrant de handicaps.
Anne Gatecel : Au départ, effectivement, la psychomotricité s’adressait essentiellement aux enfants. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Elle s’ouvre de plus en plus aux adultes et couvre un large champ, de la grossesse aux soins palliatifs, en passant par toutes sortes de pathologies telle l’obésité, les troubles Alzheimer, la douleur…

Pourquoi la psychomotricité est-elle si mal connue ?
Anne Gatecel : Elle reste une jeune discipline ! En France, elle est née dans les années soixante et le premier diplôme d’État a été créé en 1974. Moi-même, diplômée en 1983, je fais quasiment partie des pionniers !
Lorsque j’ai débuté, je me suis retrouvée démunie face à des enfants “à problèmes”, pour lesquels il me manquait des outils comme le jeu dramatique ou l’expressivité du corps. C’est la raison pour laquelle, parallèlement à mon travail, j’ai entamé des études de psychologie, puis j’ai exercé en tant que psychologue clinicienne. Mais je n’ai jamais été une psy “classique”, passionnée depuis toujours par la façon dont le corps traduit les émotions. Par exemple, dans mon cabinet, je m’assois par terre avec l’enfant pour jouer avec lui. J’ai toujours travaillé à la fois sur le corps et sur l’esprit, envisagés comme un tout indissociable, grâce à ma formation de psychomotricienne.
Aujourd’hui, j’ai repris un poste de psychomotricienne en complémentarité avec mes activités de psychologue et, parallèlement, j’occupe le poste de directrice adjointe de l’Institut de formation de psychomotricité à la Pitié Salpêtrière. Nous manquons cruellement de professionnels !

Quel est le but de la thérapie psychomotrice ?
Anne Gatecel : Dans de nombreuses pathologies, l’image de soi, la façon dont on se représente, est atteinte. Cela a des répercussions sur le psychisme. Il s’agit alors de rétablir un équilibre psychocorporel pour permettre au patient de mieux vivre dans son corps et donc dans sa tête.
Par exemple, les personnes obèses éprouvent des difficultés à accomplir certains gestes, parce qu’ils ont une mauvaise conscience de leurs corps et de la limitation de leur mobilité. Il faut alors les aider à trouver d’autres appuis corporels, d’autres postures, grâce auxquels ils pourront progressivement se découvrir des possibilités physiques et améliorer ainsi la représentation qu’ils se font d’eux-mêmes.

La rééducation psychomotrice est souvent évoquée pour les enfants dyspraxiques.
Anne Gatecel : La dyspraxie est un mot à la mode mais, en réalité, il y a peu d’enfants réellement dyspraxiques. La dyspraxie existe bien, elle est consécutive à des problèmes neurologiques en relation avec des souffrances néonatales ou a à des traumatismes crâniens, par exemple. Il est abusif de parler de dyspraxie à propos d’enfants simplement maladroits !

D’où vient cette maladresse ?
Anne Gatecel : Souvent, il y a un mauvais contrôle moteur, voire des troubles de l’attention chez des enfants qui ont du mal à gérer leurs émotions. Nous parlons de “troubles de la régulation tonique”. Une approche autour du jeu et de l’expressivité (et/ou cognitive) peut leur être proposée : à partir d’histoires imaginées, mises en espace et jouées, il s’agit de leur permettre d’exprimer leurs émotions face à diverses situations.
Plus généralement, les enfants qui arrivent dans mon cabinet sont de moins en moins construits dans leur corps, parce qu’ils ne jouent pas suffisamment, ont peu d’échanges avec leur entourage. Il faut savoir que le tout-petit se développe et progresse sur tous les plans, y compris celui de l’intelligence, dans une dynamique psychomotrice : soutenu par les liens affectifs et les relations qu’il tisse avec ses parents, il se met en mouvement, explore, touche, sent, regarde, découvre, expérimente, apprend…

Comment se passent les séances ?
Anne Gatecel : on passe beaucoup de temps à jouer ! Il y a des jeux qui permettent à l’enfant d’exprimer son agressivité, ses émotions, à l’intérieur d’un cadre structurant. Avec les adultes, le travail se base essentiellement sur la relaxation, mais nous jouons également : jeux autour du souffle, de la prise de conscience de son corps, activités en piscine, massages thérapeutiques… Jeux de rôles également, avec des histoires à mettre en scène dans l’espace, jeux d’expression autour des émotions avec de la pâte à modeler, le dessin…

Quelle relation faites-vous entre la psychomotricité et l’imaginaire ?
Anne Gatecel : dans les séances, on fait une place à l’imaginaire à travers diverses activités créatives. Il est important que chacun puisse développer un petit monde à soi, car c’est lui qui nous permet de dépasser un certain nombre de situations. Par exemple, parmi mes petits patients, une fillette joue à être son papa qui râle tout le temps. S’imaginer dans la peau de ce dernier lui permet d’exprimer son ressenti et de ne plus être une petite fille qui subit. L’imaginaire intervient dans la plupart des activités, de construction à la peinture, et fait appel à la représentation. Cela nous donne à penser et à vivre !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire